Ces derniers jours, antisémitisme et ignorance de l'Histoire se sont fortement manifestés Twitter, ce qui crée inquiétude et polémique.
Par Erwan Alix.
Que s’est-il passé ?
Sur Twitter, chacun publie des messages de 140 caractères. En ajoutant un croisillon (qu'on appelle à tort dièse) «#» devant un mot, on le transforme en mot-clé cliquable, appelé hashtag. Les usagers de ce réseau social s’amusent souvent à lancer des jeux sur ces mots-clés (#painauchocolat après la phrase de Jean-François Copé, #StadeRennaisHollywood pour mixer des noms de joueurs de foot rennais et des noms de films…). Quand un hashtag est très utilisé il remonte en une du site de Twitter, et est proposé à chaque utilisateur sur son compte dans une rubrique nommée « Tendances » (trending topics en anglais).
Ces derniers jours, des utilisateurs français ont lancé un jeu avec comme mot clé le hashtag #Unbonjuif. De nombreux comptes ont alors enchaîné sur le thème mauvaises blagues antisémites, clichés et fantasmes racistes. À tel point que le mot-clé #Unbonjuif s’est retrouvé dans les Tendances France, et était donc suggéré à tout un chacun le 10 octobre dernier…
Ce 14 octobre, il ne remontait plus dans les tendances. Le mot-clé #Unbonjuif continuait à être utilisé, mais cette fois majoritairement pour dénoncer son utilisation précédente. Mais certains utilisateurs continuaient à afficher un antisémitisme caractérisé.
L’indignation de l’UEJF
L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) s’est indigné dimanche dans un communiqué du « record de propos antisémites » suscité par le hashtag #unbonjuif sur le réseau Twitter et a demandé à rencontrer ses responsables en France pour évoquer la modération des messages.
« Dans le climat inquiétant où les propos et les agressions antisémites se multiplient, le hashtag #unbonjuif est arrivé parmi les trois hashtags les plus diffusés et donc mis en Une par Twitter le 10 octobre, donnant lieu à un nombre record de tweets à caractère antisémite », s’indigne l’UEJF.
SOS Racisme réagit aussi
Dans un communiqué, SOS Racisme ajoute « souhaiter que l’entreprise Twitter, en tant que personne morale, prenne la mesure de la responsabilité qui est la sienne dans le cas de tels dérapages racistes et antisémites ».
L’organisation antiraciste assure qu’elle « portera plainte contre les propriétaires des comptes Twitter à partir desquels ont été diffusés les propos antisémites ».
Quelle modération ?
L’UEJF demande « un rendez-vous d’urgence à Twitter France afin de mettre en place un nouveau système de modération des tweets ».
« Twitter France doit s’assurer que les messages qui véhiculent des propos haineux, racistes ou antisémites ne soient pas mis en avant ou accessibles à tous sur son réseau social », estime M. Hayoun, de l’UEJF.
L’antisémitisme, comme la violence et la bêtise, n’ont pas attendu ni Twitter, ni Internet pour exister. Le problème soulevé par cette poussée de tweets est une question de société, et non de l’outil utilisé.
« Pas cool Hitler »
La diffusion dimanche soir sur TF1 du film La Rafle, qui raconte la rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942, a mis d’autre part en lumière l’ignorance de certains sur le sujet. En effet, de nombreux ados (et des plus grands) ont pris l’habitude de tweeter sur ce qu’ils regardent à la télévision.
Les messages accompagnés du hashtag #LaRafle hier soir étaient édifiants. À tel point qu’un site sur Tumblr a été créé spécialement pour lister certaines réactions, sous le nom de « Pas cool Hitler » puis « Pouce Rouge Hitler ».
On y découvre que certains, qui savent pourtant lire et écrire et sont équipés d’un accès à Internet, ont appris dimanche soir qu’Adolf Hitler était un méchant. D’autres ont visiblement du mal à prendre la mesure historique des événements.
Les tweets recensés sont parfois désarmants : « Déjà que j’aimais pas du tous (sic) Hitler mais alors la ! » suivi de « Idem ça m’a vraiment ouvert les yeux », ou encore « Mais sérieux il avait quoi Hitler contre les juifs ? » et « J’aurais honte d’être dans sa famille a hitler perso »…
Transmission de la mémoire
On peut se féliciter de cette prise de conscience, même tardive, et des bonnes intentions qui sont derrière ces expressions de désapprobation. Mais cette candeur, chez des collégiens, lycéens ou étudiants, est troublante.
La résonance de cette ignorance couplée aux blagues antisémites de la semaine pose question. À condition que cette population soit représentative, on peut se demander où la société pêche dans la transmission de sa mémoire.
Spources: http://www.ouest-france.fr

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